Moi, le transformiste

Transformiste : Un métier !

Aucun artiste transformiste n'interprète un personnage comme son confrère : avec plus ou moins de talent, de professionnalisme, à la manière d'un peintre qui fait un portrait en imprimant sa propre sensibilité, l'artiste transformiste évoque le personnage, c'est un portrait vivant et mouvant. Une sculpture en mouvement et cette sculpture c'est lui-même.

On peut remarquer à ce titre que certaines artistes reviennent dans les imitations, certaines figures de femmes hautes en couleurs, extrêmes, dotées d'une forte personnalité et de célébrité (Dalida, Mylène,madonna, etc.). Et l'intérêt de la chose, c'est qu'elles sont interprétées par des hommes, qui transcendent leurs données de départ pour se métamorphoser. Et c'est cela qui opère la fascination qu'ils provoquent, car ils réduisent la marge fatale qui sépare les sexes et les genres. En un instant fugace, les opposés sont abolis, fusionnés, dépassés.

Il suffit de voir l'intense émotion que suscitent les numéros de transformation homme-femme, quand sous le costume masculin se cachent des atours féminins extraits en un clin d'œil de vêtements prévus pour un déshabillage éclair : fermetures velcro, pressions au bon endroit pour arracher en une seconde le costume trois-pièces et faire surgir robe du soir ou guêpière.

C'est là que la transition d'un genre à l'autre est théâtralisée, symbolisée, et qu'elle revêt un caractère fascinant.

On peut utiliser ce que l'on a ressenti comme attrait, comme espoir, comme énergie, pour une transformation corporelle. Vertige du désir pour soi-même. Cette fascination devant le miroir peut être recommencée, perpétuée par l'exercice transformiste. C'est un plaisir psychique infini, un vertige de la perte de soi, pour des retrouvailles avec d'autres parties de soi-même.

C'est ce que je vis car je suis des deux côtés de la barrière, spectateur fasciné et transformiste éclairé, j'espère.

Il faut pour cela de la passion, de la remise en question, du "feeling" et du travail, plus de travail qu'on ne pense. Dont celui de costumier (je fais souvent mes costumes)... sans oublier le travail ingrat du play-back.

Il faut s'avérer être "trans-orchestre"

Il m'arrive d'utiliser ma transformation corporelle - c'est-à-dire la platitude de mon torse - pour brouiller encore les pistes, donner de l'ambiguïté. Le spectateur souvent scrute l'attitude et le corps de l'artiste pour déceler l'origine biologique de celui-ci, il ne faut pas se le cacher. Sommes-nous pour autant des "bêtes de foire" d'un nouveau genre ? Je ne l'entends pas ainsi, car je pense que la qualité de la prestation permet de transcender cette situation, et qu'il faut permettre au spectateur de se souvenir avant tout de la performance artistique, de la beauté.
Le corps est donné à voir et non caché comme un objet de gêne ou de honte. Il faut pouvoir assumer psychologiquement ce regard du spectateur, et faire de sa différence un atout.
C'est la splendeur du costume et l'ensemble de l'interprétation qui fait en grande partie l'attrait du transformiste.

Je vous laisse à votre réflexion.

Ma réponse, et au risque de vous faire bondir... sur vos plumes, je réitère :

transformiste, un métier d'homme !