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Pourquoi je refusais les numéros rétro

Il fut un temps où mes certitudes semblaient solides.
Quand je travaillais dans des salles de spectacles en Picardie, de nombreux « transformistes » incarnaient les mêmes grandes figures du répertoire populaire : Édith Piaf, Sylvie Vartan, Rika Zaraï, Mireille Mathieu, Dalida, …

Ces personnages étaient partout. Trop présents. Trop semblables.

Entre nous, je les appelais « les mortes ».
Le mot était dur, volontairement provocateur. Avec le recul, je le sais. À l’époque, il traduisait surtout la distance artistique que je ressentais. Je percevais ces numéros comme des hommages respectueux mais enfermés dans une époque, d’autant plus qu’ils étaient déjà incarnés par beaucoup d’autres transformistes. De mon côté, je ne voulais pas entrer dans un moule ni refaire ce que tout le monde faisait.

Mon envie allait ailleurs : vers le mouvement, la création et l’évolution. Je ne m’y reconnaissais pas encore, ni artistiquement, ni scéniquement.

Une autre vision de la scène

Mon intention n’était pas de rejeter le passé, mais de moderniser l’esprit des lieux, d’éviter que le spectacle ne paraisse trop vieillot ou figé.
Je proposais des tableaux modernes, des créations originales, de l’audace, de l’humour, du glamour. Madonna, Shy’m, Superbus, Mylène Farmer, Lady Gaga, Kylie Minogue.

Je voulais une scène vivante, actuelle, capable de parler à de nouveaux publics tout en restant spectaculaire.

L’envers du décor

Ce que le public ne voyait pas, c’était le travail en coulisses.

J’ai accueilli certains « artistes » chez moi.
Je leur ai créé leurs bandes-son, gratuitement.
Sans contrepartie. Juste pour aider. Juste par amitié.

Un travail discret, souvent invisible, mais essentiel.

Je donnais sans compter, convaincu que le respect allait de soi.

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Quand les limites sont dépassées

Je n’ai jamais eu de problème avec l’humour.
Rire ensemble : oui. Humilier : non.

Certaines paroles allaient trop loin. Dites derrière mon dos, puis excusées (quand je les entendais) par un simple « c’est pour rire ».

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« Forcément qu’elle a du succès, elle fait la pu*e. »
À propos de mon numéro de Lady Gaga, artiste sulfureuse s’il en est, comme si l’audace devait forcément être salie.

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« Maquillage douteux. »
À propos de mon sketch comique sur Marianne James dans la diva allemande Maria Ulrika Von Glott. (Un personnage, volontairement peu connu, pensé comme une création comique avant toute recherche de ressemblance.)

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« La moche en string. »
À propos de mon tableau de plumes.

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« Alors, t’as vidé ton avion et déchargé tes camions ? »
Après mon retour de dates extérieures estivales, suivies par France 3, en dehors des établissements.

Il y en a eu beaucoup d’autres. Des interpellations (discrètes, mais que j’entendais) : « Le truc » « La chose » « Le travelo » …
Pris séparément, ces mots pouvaient sembler anodins. Ensemble, ils créaient un malaise.

Et le plus lourd n’était pas ce qui se disait, mais le silence autour.

Tout le monde savait. Personne ne disait stop ou me défendait.


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Et pourtant…

Lors de mes dates extérieures, je choisissais de m’entourer des mêmes personnes.
Je ne faisais pas que les programmer : je créais de vrais numéros en duo et en troupe, pour offrir des spectacles cohérents et aboutis.

Mon intention était claire : construire un ensemble fluide, où chaque tableau avait du sens, et penser le spectacle comme un tout.

Je le faisais avec sérieux, avec engagement. Et peut-être aussi avec une part de naïveté.

Celle de vouloir fédérer et valoriser des personnes qui, dans l’ombre, me dénigraient.

Le choix du respect

À un moment, une évidence s’est imposée.
Continuer, c’était accepter.

J’ai donc choisi de ne plus travailler avec ce type de fonctionnement, sans colère ni éclat, simplement par respect pour moi-même.

Mais cette décision a laissé un vide.

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Ce qui manquait à mes spectacles

En avançant seul, je me suis rendu compte que quelque chose manquait.
Ce souffle rétro. Ces chansons populaires que le public reconnaît immédiatement.

C’est là que mon regard a changé.

Je n’avais pas rejeté ces artistes.
J’avais rejeté la répétition, le copier-coller, le manque de point de vue.

Réinventer le rétro à ma manière

Alors j’ai fait ce que je sais faire : créer.

J’ai donné naissance à mes propres versions d’Édith Piaf, de Sylvie Vartan, de Dalida, de Cher.
Pas des imitations. Des relectures personnelles. Des costumes repensés. Des choix musicaux audacieux. Des medleys, pour raconter une carrière, une émotion, une époque.

Honorer, sans figer. Respecter, sans imiter.

Une précision sur la création

Il arrive que mes numéros, repris ou retravaillés au fil du temps, soient présentés sans que leur origine ne soit clairement mentionnée.

Sans entrer dans une polémique, il me semble important de rappeler une chose simple : un numéro est avant tout le fruit d’une création personnelle. Il naît d’une idée, d’un imaginaire, de choix artistiques précis, puis se construit et évolue au fil des années.

Mes numéros m’appartiennent parce que je les ai pensés, conçus et développés. Ils portent une intention, une écriture scénique et une vision qui me sont propres. Le fait qu’ils puissent être interprétés ou adaptés ailleurs ne change rien à leur origine ni à leur identité.

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Aujourd’hui

Aujourd’hui, je défends une vision claire.
Une scène vivante.
Un humour assumé, jamais humiliant.
Des numéros rétro… réinventés.

Changer d’avis n’est pas une faiblesse. C’est une évolution.

Et si mes spectacles mêlent désormais modernité et répertoire ancien, c’est parce que j’ai compris une chose essentielle :
L’élégance ne se joue pas seulement sur scène, elle se mesure aussi dans la façon de traiter les autres.


En conclusion

Avec le temps, j’ai compris que refuser n’était pas un rejet, mais une étape. Et que changer d’avis ne signifiait pas se renier, mais se trouver.

Aujourd’hui, je n’oppose plus le moderne au rétro. Je les fais dialoguer.
Je prends ce qui résonne, je transforme, j’adapte, je crée.

Parce qu’un numéro n’est jamais figé.
Parce qu’un spectacle évolue avec celui ou celle qui le porte. Et parce que la vraie fidélité à un art, ce n’est pas de le répéter, mais de le faire vivre.

Si j’ai changé d’avis, c’est parce que j’ai gagné en liberté. Et cette liberté, aujourd’hui, je la partage sur scène.

Créer, ce n’est pas refaire. C’est oser évoluer.